Allez, zou ! Un petit article sur les avancées de mon travail.

D’abord posons le cadre : Je reçois toujours des enfants, des ados, des adultes et des personnes âgées. Avec chacun ma pratique évolue, se modifie. L’introduction, puis le développement de la pratique de l’hypnose a modifié bien des choses, notamment les durées de suivi (c’est plus rapide). Par extension, les exercices sur le corps se sont modifiés et ont gagné en efficacité. Au niveau théorique, la conjonction des réflexions sur l’hypnose et sur les neurones miroirs a profondément modifié l’abord de certaines problématiques. Du coup cela a permis de créer de nouvelles techniques. Ceci dit, certains suivis se passent comme d’autres avant. Certains suivis n’utilisent ni l’hypnose, ni le corps. Nous sommes tous différents, les suivis sont donc tous différents.

Cet article concerne certaines séances avec les adultes, parfois avec les ados. Il n’est pas révélateur de l’ensemble de mon travail en séance. Peut-être certaines personnes le trouveront un peu ardu, ou trop théorique…

Pour bien le comprendre il est préférable d’avoir lu les autres articles de la rubrique « pour les professionnels ».

Cet article permettra peut être aux professionnels de modifier quelque chose de leur pratique. Il permettra peut être aux précoces adultes ou aux parents d’enfants précoces de comprendre certains aspects de leur fonctionnement. Et puis, peut-être certains s’en serviront de base de réflexion, notamment la dialectique centrale dans cette réflexion entre adaptation et apprentissage. Certains n’y trouveront aucun intérêt, évidemment.

C’est parti !

La question du positionnement me taraude… Les personnes que j’aide m’entendent de plus en plus souvent leur dire : « Installez-vous confortablement » ou « Laissez le fauteuil vous installer dans votre juste position », des phrases comme ça. Certaines semblent le reflet d’une bonne éducation, d’autres surprennent, ou déstabilisent lorsque je me fais insistant : « Prenez votre temps afin de sentir que vous êtes confortablement installé… Mieux que cela… Comme cela convient à votre corps, dans ce fauteuil, maintenant… », Parfois la formulation peut être choquante : « Laissez vous installer confortablement dans le fait d’être une salope… », « Laissez votre corps s’installer confortablement dans l’abandon… Laissez le mot abandon occuper chaque cellule de votre corps, jusqu’à ce que vous puissiez abandonner confortablement… Jusqu’à ce que vous puissiez être abandonnée confortablement… Ne faites rien, laissez votre corps faire à votre place… », ou étrange, « Arrêtez de vous attacher de l’importance, vous n’avez aucune importance, laissez la limite entre votre corps et le fauteuil devenir floue… Laissez-vous confondre avec le fauteuil… Ressentez le contact de vos pieds de fauteuil sur la moquette », etc. S’ils n’avaient la croyance en la qualité de ma pratique, ils partiraient en courant…

Serait-ce une lubie ? Pourtant, comment expliquer l’effet de séances dans lesquelles presque rien ne semble s’être passé ? Que comprendre de cet abord particulier du travail d’accompagnement ? Quel en est le soubassement ? Sont quelques unes des questions auxquelles cet article va s’essayer à donner quelques éclaircissements.

Ces pratiques me sont venues à la lecture, puis à la rencontre de François Roustang. Bien entendu, je renvoie le lecteur à l’ensemble de ses ouvrages. C’est un Maître.

Ceci étant posé, je suis arrivé à ces pratiques et je les développe à ma façon à partir d’un autre chemin que le sien. Là où il s’appuie sur la philosophie ou la pensée Zen, je m’appuie sur la neurologie.

En d’autres articles de ce site, j’ai insisté sur la genèse de la souffrance. M’appuyant sur la théorie des 3 cerveaux, j’y ai repris, sous forme globale et imagée, le trajet de l’influx nerveux. J’ai expliqué différents éléments sur la différence entre la personne et le comportement. Ainsi, la personne est telle que quantité d’eau, prenant la forme du vase qui la contient, elle semble différente, pourtant elle est identique. C’est dire qu’en tant que personne, nous sommes toujours nous-mêmes alors que nous changeons en permanence. C'est aussi l'histoire du fleuve, c'est toujours le même fleuve, jamais la même eau. C'est toujours moi et en même temps il y a un mouvement permanent, je change tout le temps. Les cellules se renouvellent, Le corps est en mouvement, le sang circule, la respiration s'effectue. Ça bouge, ça vit. Autour de nous, ça bouge aussi, à différentes vitesses, même si cela ne se voit pas à l'œil nu, il y a du mouvement, de la transformation. Généralement à notre insu, généralement de façon non-consciente, nous nous adaptons en permanence. Rien n'est figé. C’est cette capacité de transformation permanente de la personne, que j’ai nommée : l’adaptation.

Ainsi, suite à un changement, une mutation, une transformation de son environnement, la personne reste elle-même. Elle conserve son identité fondamentale, sa quiddité. S’adapter, c’est donc « se laisser transformer par… », c’est « se laisser agir par … » sans se perdre. J’associe l’adaptation à notre côté Barbapapa, souplesse, mouvement.

L’apprentissage est sur un autre plan, il d’agit d’une modification des comportements de la personne, une modification du « comment faire », l’apprentissage ne touche pas directement la personne.

Il y a vraiment deux plans différents. Le bébé survit et vit parce qu'il reçoit l'amour de ses parents, je généralise, bien sûr, un seul parent (une seule personne) suffit! Cet amour, qui conditionne l'adaptation, va être soit favorisé, soit gêné où même bloqué par le contexte. Dans un premier temps, le bébé subit ce qui se passe, il n'a aucun contrôle. Par la suite, l'absence de contrôle réveillera les éventuelles peurs stockées dans cette période... L'enfant grandit, il entre dans la possibilité de mouvements volontaires, il commence à pouvoir décider de ses gestes, de ses comportements. En plus de l'adaptation, se développe l'appropriation du monde, c'est à dire l'apprentissage. La culpabilité apparaît ou du moins, peut apparaître, car la culpabilité est l’échec de l’apprentissage.

S’il n'y a pas de peur (voir article sur la peur dans le système d’adaptation), l'apprentissage se mettra au service de l'adaptation, sinon, l'adaptation fonctionnant mal, la personne se centrera sur l'apprentissage. Bien entendu dans l’apprentissage, il y a tous les héritages, toutes les conventions, tous les « il faut que » socioculturels. Ainsi, Elle passera son temps à apprendre comment se comporter.

Le manque de confiance en soi serait le révélateur d’une divergence trop importante entre la personne et comment elle a appris à se comporter. Nous pouvons remplacer l'expression "manque de confiance en soi " par "manque de confiance dans le personnage appris ".

D’un côté la personne, d’un autre le personnage. Un personnage qui vient recouvrir et cacher la personne.

La peur va bloquer le système d'adaptation, va figer le Barbapapa. Tout se passe comme si il y avait une barre en acier dans le Barbapapa. Il peut encore bouger, mais pas complètement. Évidemment, plus la trace de la peur est grande, plus la barre d'acier est grande, moins il peut bouger. Dans beaucoup de cas, une gêne du système Barbapapa va avoir un impact sur les apprentissages, mais ne va pas les bloquer. Derrière un surinvestissement dans les apprentissages, se trouve une grosse barre d'acier dans le Barbapapa.

Lorsque nous allons bien, d'un côté, nous changeons en permanence, et d'un autre côté, nous apprenons en permanence. Nous élargissons tout le temps nos registres comportementaux. Cette dynamique renforce une prise de conscience de plus en plus importante de la séparation personne/Comportement. Chaque adaptation de la personne ouvre à de nouveaux apprentissages et chaque apprentissage est l'occasion d'une adaptation de la personne.

La culpabilité ou la peur, vient bloquer ce cycle. La personne se laisse dépasser par le personnage, sorte d’accumulation de comportements appris. Le personnage s’éloigne de la personne. La personne, à son corps défendant, fait vivre le personnage et ne vit pas sa vie, mais une vie.

Ainsi, face à cette dichotomie (personne / personnage), se sont développées deux types de réponse au : « Psychologiquement, je ne me sens pas bien, aidez moi ! »

La réponse qui me semble la plus répandue est celle d’un rééquilibrage du personnage. L’interlocuteur (Psy/hypno ou autre), intervenant sur les apprentissages. Il va s’agir de colmater le trou dans le personnage et lui permettre d’adopter une nouvelle stratégie de résolution de la situation. Cet abord de l’accompagnement regarde l’autre comme un ordinateur dont l’un des programmes est défectueux et va donc chercher à permettre à un programme nouveau de se mettre en marche. Cela plait beaucoup, ces pratiques rencontrent beaucoup de succès. Le personnage pouvant à nouveau fonctionner correctement, sur le fond rien n’est changé, mais cela va mieux.

La réponse la moins répandue, va consister à relancer le système d’adaptation. En ce cas, l’intervenant va stimuler le cerveau afin qu’il « se décide » à enlever les signaux de peur et à les remplacer par de l’amour, de la confiance. Pour ce faire, étant donné la localisation de la peur, le praticien utilise des techniques faisant appel au reptilien, travail sur les sensations ou hypnose (dans la suite des travaux de F.Roustang).

Ici, nous nous heurtons souvent à la notion d’inconscient, s’accompagnant, en général de la séparation entre psychique et somatique. Or, séparer psychique et somatique ne tient pas ici. Les émotions ne sont pas des trucs qui planent au dessus de l'individu. Le corps entier est impliqué, les doigts de pieds comme le sommet du crâne. Quand l’on est amoureux, l’on est concerné en entier. Cela va plus loin encore, tout apprentissage modifie l'ensemble du corps, j'irais même jusqu'à dire que c'est cette modification qui rend possible l'apprentissage.

Le paradigme est de croire que les idées ne se forment que dans le cerveau. Pour en sortir, il suffit d’observer ce qui se passe lorsque nous réfléchissons confortablement assis par rapport à lorsque nous réfléchissons en marchant le long de la mer. Nous ne pensons pas de la même façon.

In fine, la pensée est un truc fabriqué par le cerveau, certes. C'est la chose que le cerveau effectue en dernier, cela se passe dans le néo - cortex. L'influx nerveux a déjà traversé tout le reptilien et tout le limbique. Le professeur Damasio a largement démontré qu'en fonction de ce qui se passait dans le limbique, la pensée fabriquée était différente. Et à partir du moment où nous mettons en mouvement, tout change au niveau physiologie générale, cœur, respiration, etc. Donc au niveau du cerveau aussi. La pensée n’est pas qu’un effet secondaire de l'émotion. L'émotion change aussi en fonction des sensations. Donc les modifications de sensations, modifient les émotions, qui elles mêmes modifient les pensées. En modifiant les sensations, l’on modifie les pensées.

Les sensations viennent de tout le corps.

Le ressenti physique change en fonction de l’environnement. Il y a souvent des modifications du corps qui sont à peine ressenties, mais qui sont là. Les modifications de contexte modifient les pensées.

Maintenant, inversons. Lorsque quelqu’un pense à sa ou son chère et tendre, dans leur plus stricte intimité, il se passe quelque chose qui dépasse l’intellectuel pour atteindre le physique.

Les sensations modifient les pensées, et les pensées modifient les sensations.

Imaginons que je me promène sur des dunes le long de la mer. Il y a de la végétation, des trucs verts, des trucs qui poussent, plus ou moins indistincts. Ma compagne me montre des illustrations dans un livre et m'explique que ce sont des plantes que l'on ne trouve que sur les dunes, près de la mer et que dès qu'on s'éloigne trop de la mer, il n'y en a plus. Lorsque je retourne me promener. La végétation n'est plus ce qu'elle était, je distingue la plante en question, mon entourage a nettement changé.

Je me suis adapté et cette adaptation passe par le corps. C'est souvent infime, mais c'est là. Je ne me sens pas physiquement pareil de penser différemment. Cela explique pourquoi les gens vont mieux quand ils comprennent des choses de leur histoire.



Comprendre modifie la perception de l'environnement, ce qui modifie l'adaptation du corps à l'environnement, c'est à dire ce qui modifie ton corps.

Or, ceci n’est pas possible s’il y a peur.

En ce cas, comprendre ne sert à rien… Par contre, centrer la personne sur son corps, relancer le système d’adaptation sert.



Une personne vient me voir et me raconte dans quels problèmes elle se sent embourbée. Je l'interromps en lui demandant si elle est assise confortablement ? Elle répond par un "oui " de politesse. J'insiste pour qu'elle s'assoie confortablement et qu'elle ne s'occupe que de cela. Elle est déstabilisée, mais se prête au jeu. Après un moment à changer de position, je sens qu'elle est bien installée. Je lui demande de m'expliquer à nouveau ce dont elle parlait précédemment. Son discours à changé et elle commence à voir sa situation autrement. Elle commence à aller mieux. Ceci, sans explication, elle a simplement changée de position...

Une personne est dans une relation à son conjoint chargée de tensions. Je lui demande, avec ou sans induction d'hypnose, de ne rien faire, de laisser son corps s'installer confortablement dans la relation à son conjoint, un peu plus tard dans la séance, je lui demande de laisser son corps s’installer par lui même confortablement en présence de son conjoint. La personne ressent comme un mouvement dans son corps... À la séance d'après elle expose tous les changements apparus dans cette relation, ce n'est plus un problème pour elle...

Voilà qui ne marche pas à tous les coups, mais des fois, ça marche. François Roustang affirme que certaines personnes sont prêtes, d’autres pas encore. Il leur dit de revenir lorsqu’elles seront prêtes. Je les aide à aller à l’endroit où elles le sont, c’est l’une de nos divergences…

Pendant longtemps, mon travail était centré sur : Enlever la culpabilité. Puis mes recherches m’ont conduit à : Enlever la peur. Et maintenant : Enlever le personnage.

Plus on en enlève et plus la personne s’épanouit et trouve ou retrouve sa liberté, sa légèreté. Ce n’est jamais la personne qui ne va pas bien, ce sont les blocages qui se sont ajoutés qui, l’empêchant de s'adapter, ont brisé la dialectique entre adaptation et apprentissage. Du coup s'est déclenchée l'apparition du personnage. En ce sens, en tant que personne, le patients est déjà guéri…