Je suis étudiante en psychologie et je suis avec intérêt votre blog dans lequel je me retrouve et dont j'apprécie la clarté des articles. Seulement voilà, je n'arrive pas à faire le lien avec les auteurs que j'étudie en fac comme Freud et Lacan (que j'ai un peu de mal à comprendre). D'autant plus que vos articles ne parlent que d'études de cas tandis que les cours de fac sont très théoriques.

Gaëlle, il est tout à fait normal que tu t’y perdes. C’est très simple, nous ne nous situons pas dans la ligne de Freud. Nous avons un grand respect pour ses travaux ainsi que pour ceux de Lacan qui sont une cathédrale intellectuelle, mais nos postulats théoriques de départ sont autres. Quatre différences fondamentales permettent de comprendre ce positionnement :

1. Nous considérons (suite aux travaux de A.R.DAMASIO) que l’on ressent d’abord le monde, puis qu’on le comprend, ceci se formule par un primat des émotions sur l'intelligence. Freud part d’un primat de l’intelligence sur l'émotionnel, c’est exactement l’inverse.

2. Nous considérons, par la notion de "grabouilli", que l’émotion déclenche directement un comportement dont la personne a conscience mais qu'elle ne maîtrise pas, elle souffre de se voir faire ou dire. Dans les cas de délire nous postulons que la personne est consciente qu’elle délire tout en sachant que c’est n’importe quoi. Pour Freud, le symptôme est lié au mécanisme de défense, il a un sens qu’il importe de comprendre afin que la personne puisse maîtriser ou accepter ce comportement inadapté.

3. Nous considérons que la résolution de l’angoisse est possible par la liquidation des peurs et des culpabilités. Pour Freud, la culpabilité est déplacée du conscient vers l’inconscient et l’angoisse n’est pas résolue mais gérée.

4. Nous considérons que l’enfant est motivé dans sa relation à l’autre par un « j’aime les autres » fondamental. Pour Freud l’enfant est motivé par la recherche de l’affectif, ses comportements s’expliquent et s’analysent à travers un : « aimez-moi ».

Sur le fond, les différences théoriques importent peu, l’humanité et la disponibilité psychique du thérapeute font le contact et la qualité de la thérapie. Les divergences théoriques sont les reflets d’époques et de contextes, nul ne détient la Vérité.