Article à paraître dans Carnet sans Notes, la revue de l'association Choisir d'Instruire Son Enfant Site : http://www.cise.fr/

Essayons tout d’abord de comprendre ce qu’est un test de QI. Il s’agit de questions, d’exercices et de jeux comme ceux que l’on peut rencontrer dans les pages jeux des magazines. Les premières questions sont extrêmement faciles et progressivement elles deviennent de plus en plus complexes. Pour plusieurs épreuves, les temps de réponse sont chronométrés. Le test de QI, est adapté aux âges. une note est donnée pour chaque épreuve en fonction du nombre de bonnes réponses et de la tranche d’âge (tous les 3 mois), ainsi pour avoir 12 points à 15 ans il faut avoir plus de bonnes réponses que pour avoir 12 points à 8 ans. Pour chaque épreuve, la note moyenne (intelligence normale) est 10, elle peut aller jusqu’à 19. Ce système d’étalonnement par tranche d’âge permet à certains enfants d’avoir 19 (note maximale) sans avoir trouvé toutes les bonnes réponses. En général de QI est décomposé en 10 épreuves (sub-tests) avec une décomposition de l’intelligence en 4 aspects principaux. La somme totale des notes permet de calculer le QI, avec une pondération statistique. Ceci posé, 10 sub-tests avec, en moyenne, une note de 10 à chacun, donne 100 points, qui est le chiffre de QI moyen. D’un autre côté le WISC-IV (test le plus utilisé, de 6 à 17 ans) ne permet pas d’évaluer des QI supérieurs à 160. En théorie, sur l’ensemble de la population, on obtient une répartition des résultats en forme de courbe de Gauss (forme de cloche), l’immense majorité des gens se situe entre 90 et 110. Le test permet donc de comparer l’enfant aux autres. Il est à noter que le test mesure les capacités de l’enfant mais ces capacités ne sont pas obligatoirement mises en application dans la vie courante.

L’ « intelligence » (avec des guillemets) est mesurée de façon linéaire mais ce n’est pas quelque chose de linéaire. Il y a des sauts qualitatifs dus à des capacités de réaliser des opérations mentales qui sont présentes ou non.Définir « l’intelligence » n’est pas facile. Les tests de QI ont été inventés par messieurs BINET et SIMON, lorsque l’on demandait à M.BINET ce qu’était l’intelligence ? il répondait : « c’est ce que mesure mon test… » De plus, depuis les travaux d’A.R. Damasio, il est impossible de séparer les émotions de l’intelligence, les deux fonctionnant en tandem. (Plus les circuits d’émotions dans le cerveau sont sensibles, plus l’intelligence est élevée). Les personnes ayant un quotient intellectuel supérieur ou très supérieur (à partir de 130) aiment à se définir comme APIE (Atypique Personne dans l’Intelligence et l’Emotion), l’appellation officielle étant Enfant Intellectuellement Précoce (ou hauts potentiels). Nous entrons là dans un domaine encore tabou car cette présence au monde atypique n’est pas reproductible et ne peut donc pas être validé scientifiquement dans l’état actuel des choses. N’empêche que ces personnes atypiques vivent le monde différemment. Alors que la majorité de la population perçoit le monde avec un écran TV noir et blanc, les APIE sont dans une salle de cinéma high-tech, ils ressentent donc le film de la vie avec de multiples détails supplémentaires et une intensité émotionnelle incomparable. De plus la majorité des APIE fonctionne avec une préférence pour l’hémisphère droit du cerveau, les informations perçues sont donc traitées et organisées différemment. Au final les APIE ont la sensation permanente d’être en décalage avec les autres, ils vivent et comprennent différemment la réalité. Vu sous cet angle, les tests de QI ne permettent de cerner qu’un aspect des choses, ils peuvent être la porte d’entrée de la conscientisation de cette différence mais ne peuvent suffire pour en mesurer et en comprendre l’ampleur.

Cette différence est présente dès la naissance, il semble donc qu’elle soit d’origine génétique (si un enfant est APIE c’est qu’au moins l’un des deux parents l’est). Cette constatation est fort dérangeante par ses conséquences. Comme on aimerait qu’il en soit différemment, afin de pouvoir rendre intelligent les enfants qui ne le sont pas… Arrêtons-là les ingénuités ! La réalité est tout simplement injuste, certains sont APIE et d’autres pas. Etre APIE est une différence, non une supériorité, « intelligence très supérieure » ne saurait signifier « personne très supérieure ». Comme les APIE sont très sensibles à l’injustice, cet aspect des choses sera difficile à admettre pour eux mais elle a son importance dans les déséquilibres familiaux entraînés par les résultats du test de QI. La seconde conséquence désagréable tient aux risques d’eugénisme et de manipulations génétiques que cela peut entraîner dans un avenir plus ou moins proche si certains décident qu’il est favorable d’être APIE ou de ne pas l’être… Un aparté pour les parents ayant adopté un enfant, il arrive fréquemment que l’enfant adopté soit APIE comme ses parents, même à partir d’un dossier administratif certains parents ont perçu que l’enfant était APIE comme eux. Ils savaient que c’était cet enfant qui les attendait, mais sans savoir pourquoi au juste.

Mais l’être humain est avant tout un être de culture. L’enfant va donc s’adapter à son milieu. Cette adaptation se réalisera plus ou moins bien en fonction des capacités émotionnelles et intellectuelles de l’enfant. Lorsque la réalité décrite est trop en inadéquation avec la réalité perçue, l’APIE refusera l’apprentissage. Par exemple, Lisa (3 ans) ne parle pas, les mots sont trop pauvres pour exprimer sa réalité intérieure et elle préfère communiquer aves les yeux, langage parfaitement compris par ses parents. Néanmoins Lisa comprend ce qu’on lui dit et comme tous les enfants, par l’apprentissage de la langue, elle va intégrer les catégorisations sous-jacentes à celle-ci. Cette catégorisation appauvrit le potentiel des APIE car certaines sensations ne recevront pas d’appellation et ne pourront donc pas être intellectualisées, le plus souvent par la suite elles deviendront inconscientes. Au contraire des distinctions vont être soulignées, là où aucune perception ne permet de distinguer les choses. Mohamed est français, Rachida est marocaine, Lucas est belge… Cette acculturation va peu à peu prendre le pas sur la perception immédiate du monde (par les ressentis) entraînant parfois un mal-être, des troubles de l’apprentissages, des « dys- » ou … ne pas prendre le pas sur la perception immédiate des choses entraînant un renfermement autistique de l’enfant sur son monde intérieur. Ce décalage entre le ressenti et le pensé entraînera une difficulté à être au monde qui se traduira bien souvent par des comportements déroutants pour l’entourage. Il peut être atténué en expliquant à l’enfant APIE l’origine historique des différentes catégorisations et en lui permettant d’exprimer par d’autres média que le langage sa perception du monde (activités artistiques par exemple ou sublimation du langage par la poésie.)

De ce passage du naturel au culturel, il résulte plusieurs cas de figure. Soit la famille a intégré et valorise le fonctionnement atypique et l’enfant APIE peut s’épanouir au sein de sa cellule familiale. Soit la famille ne se positionne pas clairement et du coup vit les comportements atypiques de l’enfant comme un moindre mal qu’elle espère voir disparaître au fil du temps. Soit la famille perçoit ces comportements atypiques comme dangereux pour l’enfant (ou pour elle) et elle sanctionne systématiquement toute déviance à la norme. Dans une même famille, les positions peuvent différer d’un parent à l’autre. Ces positionnements ne résultent pas d’un libre-choix mais sont le résultat d’un parcours de vie. Passer d’une position à l’autre peut nécessiter un difficile et douloureux travail sur soi que chacun n’est pas toujours prêt à entreprendre. Par exemple Pascal sait que les fessées qu’il donne à ses enfants sont sans effet réel sur leur comportement et qu’elles entraînent une souffrance pour toute la famille, mais lorsque ses fils ne réussissent pas une chose, somme toute banale, comme de traiter les adultes avec respect, cela entraîne de la culpabilité et une profonde angoisse chez lui. Il a le sentiment d’échouer dans l’éducation de ses enfants et les souvenirs des souffrances subies dans son enfance l’assaillent. Ses différences ont été effacées par la violence des réactions des adultes à son égard. Aimant ses enfants, lorsque le miroir est trop douloureux, il croit les protéger en intervenant en force. Pascal est le premier à regretter cette situation mais son parcours de vie l’a amené à penser que les comportements atypiques pouvaient mener à la souffrance et il espère de tout cœur réussir à contenir ses enfants dans la normalité. Son angoisse est trop forte pour lui permettre de percevoir à quel point ce positionnement normatif détruit la personnalité profonde de ses enfants comme la sienne le fut.

Il est à noter que le positionnement atypique de la famille est nécessaire au bien-être de l’enfant APIE mais non suffisant. Les APIE percevant le monde de façon plus intense, toute difficulté, toute tension ou toute injustice est potentiellement plus pathogène pour eux que pour un autre enfant. Les parents n’ayant pas toute maîtrise sur la vie de leur enfant, il survient des événements qu’ils ne peuvent empêcher entraînant un mal-être persistant chez l’enfant APIE. Lorsque le film de la vie se teinte d’horreur, les conditions de réception des APIE font qu’ils se la prennent de plein fouet. Les parents ne peuvent qu’atténuer les dégâts par leur présence rassurante.

L’incidence du résultat du test de QI sur la famille sera différente selon les positionnements. Lorsque la famille est inscrite dans un fonctionnement atypique, cela ne changera pas grand-chose, peut-être chacun découvrira que cette différence porte un nom, mais la structure familiale ne sera pas atteinte. Dans ce cas le passage d’un test de QI peut être utile afin de servir comme preuve à l’extérieur de la famille ou permettre l’accès à des réseaux dans lesquels l’enfant pourra valoriser sa différence. Lorsque la famille ne se positionne pas clairement, le passage du test de QI et l’annonce des résultats entraîne une cascade d’événements en série qui vont en quelques années remodeler le fonctionnement familial, entraînant une reconnaissante de cette différence tant chez les enfants que chez les parents et une renaissance de certain à travers la relecture de son parcours de vie alimentée par cette découverte. Ce parcours peut s’étaler sur plus d’une dizaine d’années et aboutit le plus souvent à l’affirmation de son fonctionnement atypique. Il se nourrit de lectures, de rencontres et parfois d’un accompagnement psychothérapeutique. Mais ce cheminement peut n’être le fait que de l’un des parents, en raison du positionnement différent de l’autre parent ou tout simplement par que l’un des deux n’est pas APIE. Il en résulte alors d’importantes tensions dans le couple qui peuvent entraîner une séparation. Cette séparation peut conforter le parent immobiliste dans sa perception de l’atypie comme fonctionnement dangereux. Lorsque les parents vivent les comportements atypiques comme angoissants, il y a souvent négation de leur part des résultats du test de QI ou du moins des conséquences qu’implique ce résultat. Ils n’effectuent pas de relecture de leur propre vie et évitent les questionnements intérieurs. L’enfant sera alors seul à porter le poids de cette étiquette et de sa souffrance d’être différent. La reconstruction identitaire devra attendre la génération suivante ou plus pour avoir lieue.

Les familles adhérentes à CISE ont déjà un comportement atypique : elles ne scolarisent pas leurs enfants. Que ce soit par choix de départ ou par suite d’évènements qui ont menés à cette décision, elles ont une perception différente de l’école et de ce qui permet à leurs enfants de s’épanouir. Cette capacité de voir les choses différemment est un signe non négligeable qui laisse à penser qu’une majorité de familles adhérentes à CISE est composée d’APIE. Seulement voilà, on a beau avoir des doutes, se poser des questions, on a parfois besoin qu’un professionnel, que quelqu’un d’extérieur et de qualifié confirme ce que nous soupçonnons depuis longtemps. Il convient dès lors de bien choisir ce professionnel. Tous les psychologues ne sont pas équipés du matériel nécessaire et il ne sont pas tous, loin de là, formés à cette approche qui reste marginale en France. Les APIE sont très sensible à l’ambiance dans laquelle le test est passé, de la même manière qu’ils sont sensible à l’ambiance dans laquelle l’enseignement est réalisé. Il est donc très important que le contact passe bien entre le psychologue et l’enfant. Un enfant qui ne se sent pas en confiance ne montrera pas toutes ses capacités.

Le test dure longtemps (entre deux et trois heures) et nécessite que l’enfant soit capable de se concentrer pendant une longue période. Pour les plus jeunes, il peut être étalé sur deux séances. Si l’enfant ne tient pas en place, il finira par donner de mauvaises réponses pour que le test s’arrête plus vite. Si le psy est "bon" il le sentira et l'aidera à se concentrer à nouveau mais la plupart des psychologues estimeront que l'enfant ne sait pas. Par ailleurs, le psychologue doit « sentir » la réponse de l’enfant : beaucoup d’APIE en situation de test donnent de mauvaises réponses car les « bonnes » leurs paraissent trop bêtes ! Le psychologue devra donc s’adapter en évaluant la pertinence de la réponse produite et parfois en demander une plus basique en complément ! Du coup d'un psychologue à l'autre il peut avoir des écarts considérables. Il est également important que le psychologue soit en mesure de donner des informations sur la précocité suite au test, sinon on se retrouve vite démuni devant un chiffre qui ne veut rien dire en lui-même. Il devra être en mesure guider les premiers pas des parents soit en les mettant devant le fait de leur propre précocité, soit en leur donnant des outils leur permettant de s’interroger à ce sujet. Il précisera si l’enfant et la famille ont besoin d’un accompagnement afin de trouver un nouvel équilibre et il saura les adresser aux bons interlocuteurs. Soulignons qu’il s’agit d’un accompagnement, pas d’une prise en charge, le véritable travail est réalisé par l’enfant et sa famille. L’ANPEIP (Association Nationale Pour les Enfants Intellectuellement Précoces) tient à jour une liste de psychologues en mesure de tester les enfants. Il ne faut pas hésiter à faire quelques centaines de kilomètres pour trouver la bonne personne.