« De manière générale, je me sens assez mal dans ma peau… Je suis maladroite, j’ai toujours l’impression d’avoir un temps de retard sur les autres et en sport je suis vraiment nulle. Le basket ça va encore mais l’expression corporelle… au secours ! Depuis toute petite j’ai un côté empotée qui ne disparaît pas avec les années. Même dans les conversations, il m’arrive assez souvent d’être à côté de la plaque, du coup je ne sais plus quoi dire, je cafouille un max. Mon rêve ce serait d’être à l’aise dans mes baskets et d’avoir ce côté cool qu’ont les autres filles de mon âge. »

Lisa, ce qui t’arrive est quelque chose de très classique chez les précoces. Tu te retrouves décalée par rapport aux autres, pas simplement de façon intellectuelle mais également par une différence dans ta façon d’être physiquement. C’est comme si tu étais à contretemps, comme si tu ne pouvais pas t’accorder avec ce qui t’entoure. Cela entraîne une sensation de solitude et un sentiment d’infériorité par rapport aux autres. Parfois les précoces se sentent de trop sur terre et retournent rêver dans la lune où les choses sont bien plus légères. Cette difficulté est bien plus profonde que tu ne le crois. On ne devient pas à l’aise dans ses baskets en quelques instants. Au contraire, c’est quelque chose qui se met en place au fur à mesure des apprentissages. Notre façon d’être au monde s’élabore à partir des informations perçues par notre organisme et celles transmises par l’entourage. Elles peuvent être transmises de façon directe : « tu ne te tiens pas droite. » ou plus indirectement par un effet miroir en écoutant ce que les autres disent de leur ressenti intérieur. Par exemple lorsque les jeunes enfants apprennent à courir, ils aiment se laisser soûler par les sensations de vitesse et de légèreté. Ils rient, ils sont excités. A travers leur comportement ils envoient un message sur ce que c’est que « courir » aux autres enfants qui les entourent et qui souvent se mettent également à courir pour expérimenter les mêmes sensations. Lorsque leur ressenti intérieur s’accorde avec le message envoyé par les autres enfants, ils sont confortés dans leur ressenti et cela leur donne confiance en eux. Chez les précoces, un second phénomène de perception des autres s’ajoute. La plupart des précoces sont capables de percevoir les émotions ressentis par les personnes qui les entourent. Ils sont extrêmement sensibles aux ambiances et à ce qui est dégagé par les personnes qu’ils rencontrent. Ils ont la sensation d’être branché sur ce que ressentent les autres. Lorsqu'ils voient les autres enfants courir ils ressentent la même chose que ces enfants qui courent et ce ressenti intérieur valide la perception physique des émotions affichées sur le visage des enfants. Mais lorsque le précoce va vouloir imiter les autres pour ressentir à sont tour ces émotions, ses sensations seront parfois différentes. L’enfant précoce, plus sensible, va prendre conscience du déséquilibre induit par l’action de courir et donc du risque de chute et de souffrance, il peut également percevoir une légère nausée due aux secousses du corps. Son expérience ne valide pas ce qu'il avait perçu chez les autres. Au contraire elle l’informe qu’il est différent des autres. Seulement voilà, le précoce ne se considère pas différent des autres et n’est pas considéré de façon différente des autres, aussi cette information reste à l’état embryonnaire, comme un léger malaise en arrière plan que l’on se dépêche de dissiper. L’information intérieure, qui contredit la perception extérieure, devient gênante et le précoce va finir par la faire taire. Au final il perd confiance en lui et s'appuie en permanence sur les autres pour se situer, tant physiquement, qu'émotionnellement. Il ne trouve pas son équilibre intérieur, il a besoin de béquilles pour lui indiquer ce qu'il est normal de ressentir dans telle ou telle situation. C’est ainsi, Lisa, que tu te retrouves « mal dans ta peau » car il y a contradiction entre tes perceptions intérieures et ce que tu perçois de la réalité extérieure. Pour retrouver une sensation de bien-être il te faut apprendre à accorder les deux perceptions. C'est-à-dire bien comprendre qu’il n’y a pas contradiction entre ce que tu perçois de toi-même et ce que les autres perçoivent d'eux-mêmes mais qu’il y a bien deux façons différentes de percevoir. Il te faut prendre conscience de ton propre système de perception et lui accorder confiance afin de t’affirmer telle que tu es, c'est-à-dire avec une façon différente d’être au monde que la plupart des gens. Cette prise de conscience passe avant tout par un travail sur le corps à travers lequel tu peux te "ré-accorder" avec toi-même. Ce sont des exercices d'équilibre, de respiration, de relaxation à travers lesquels tu vas pouvoir prendre conscience de la justesse de ton ressenti intérieur. Lorsque tu seras en harmonie avec toi-même, cette harmonie s'exprimera dans tes gestes de tous les jours.